Les fantasmes créateurs

Je repense à ce que m’a dit une connaissance,  il n’y a pas longtemps : « Il ne faut pas avoir trop d’attente ». Sur le coup, cette phrase m’a semblé sensée (elle l’est !) mais je déteste tellement les modes d’emploi de vie à base de « il ne faut pas faire ceci » que je me suis demandé en quoi mes attentes avaient pu m’aider, dans une certaine mesure.

Je m’aperçois que, globalement, je fantasme mes idées de création. Sur mes trajets quotidiens, je mets de la musique dans mes écouteurs et mon cerveau se charge du reste. Je me fais des films, c’est parfois pathétique, romanesque, tragique, et très souvent, drôle. J’étudie ensuite en quoi ce que je viens d’imaginer peut être réalisé en vidéo, écriture, dessin. Beaucoup de ces idées ne le sont pas. Parfois, je ne pioche que quelques lignes. La difficulté se situe à ce niveau-là : étudier la faisabilité, mais surtout, m’autoriser à alimenter mes créations de mes propres fantasmes. Je crois qu’il faut une certaine confiance en soi que je n’ai pas encore. Ou bien, ne pas trop réfléchir et se lancer. Gommer toutes les remises en question, tous les doutes qui me submergent dans ces moments là. Action ! Presque systématiquement, la peur de ne pas être comprise.

Ces deux derniers-mois, j’ai beaucoup d’idées qui jaillissent. Je les note. L’énergie pour les réaliser me manque. Je fais de la dispersion. Je commence une chose en me disant qu’il faudrait que j’en fasse une autre. J’ai du mal à hiérarchiser. Ce matin, je me lève, j’écris, comme d’habitude. Je pense ensuite à l’organisation de ma journée. Il faudrait que je tourne une vidéo. Mais j’ai les cheveux sales. Je vais à la salle de sport dans une heure. Je pourrais tourner après le sport. Ai-je vraiment envie de me filmer ? Je peux faire des photos pour alimenter mon vinted. J’ai tellement besoin de fric. Il faudrait tout installer. Je manque d’énergie. Je m’avachis en écrivant. Du mal à me tenir droite. Il faudrait faire des courses. Qu’est-ce que je peux faire avec les cheveux sales et ma tête du réveil ? Ecrire. Faisons cela. Je n’ai avalé qu’un café. Le temps est lourd, je sue à grosses-gouttes dans mon studio-cage-à-poules et cette lourdeur achève ma volonté.

Plusieurs idées de vidéos dont voici les « réalisables » : une, assez légère, sur la drague, « ultramodernes solitudes »qui est en cours et une autre idée de vidéo, beaucoup plus intime et beaucoup plus difficile à réaliser (au moins 3 jours de tournage et 4 de montage). Je veux avoir le courage de donner vie à cette vidéo. J’y tiens tout particulièrement. Cela m’obsède.

Mes attentes, tout comme mes fantasmes, m’aident à créer des choses, au delà de mes peurs. Même si je me rends bien compte qu’à certains niveaux (social par exemple), elles n’ont pas lieu d’être et me conduisent presque systématiquement à l’échec. Je les désamorce, petit à petit.

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Les heures sans heurt

Une dizaine de jours se sont écoulés gentiment. Je trouve l’équilibre dans cette maison, dans ce paysage. Un peu à l’écart du monde. Internet utilisé avec parcimonie. Un peu de vie sociale, beaucoup de balades, du travail créatif, de l’écriture et de la lecture. Du sport aussi. J’ai même dessiné. Quel bonheur de se coucher le soir et de se réveiller naïvement le lendemain matin, complètement remise. La satisfaction d’un corps qui prend ce dont il a besoin, ni plus ni moins. Je suis loin de mes insomnies parisiennes, loin de mon enfermement. Ici, l’extérieur est si facile. Il suffit de sortir sa tête et de constater que c’est beau. C’est beau partout. C’est beau, même quand il pleut.

Plongée dans une autre temporalité. Je ne suis pas pressée, j’ai le temps d’observer, de goûter les différentes qualités de silence. Et parfois, lorsque le soleil se couche, j’ai un soubresaut de mélancolie : « Encore une journée qui s’est écoulée avec tellement de douceur. Ne disparaît pas Marina. Ne t’efface pas complètement. »

La création me permet d’exister parmi les vivants. Mais cette putain de culpabilité vient me suivre jusqu’ici. Alors, il faut que j’écrive tout ce qui a été fait, même les détails les plus infimes, pour me rappeler que mon temps ne s’écoule pas vainement.

CHOSES QUI ONT ÉTÉ FAITES :

-Observation du ciel magnifiquement étoilé à notre arrivée.

-Promenade quotidienne et découverte de nouveaux chemins de balades.

-Une promenade au coucher du soleil en ville, à mon initiative.

-Un très joli bouquet de fleurs des champs qui a décoré la table des repas.

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-Tournage et montage de ma vidéo « Parcours scolaire »

-Lecture de « La femme rompue » de Simone de Beauvoir et « La fée Benninkova » de Franz Bartlet

-Lecture à voix haute avec J. de nos pages préférées de nos livres respectifs.

-Courses et préparation des repas

-Dessin

-Ecriture tous les matins de mon journal. Plusieurs rêves.

-J’ai réussi à donner plusieurs fous-rires à J.

-Badminton et pétanque

-Plusieurs bains

-Visite de la biscuiterie

-Un petit vide-grenier

-J’ai chanté (dans la voiture, sur le trajet) et dans la maison, tous les jours.

-D’énormes câlins avec mes deux chats et leurs ronronnements, si forts si forts ! Les regarder se rouler sur la pierre chauffée par le soleil, qui entoure la maison. Leur caresser le ventre. Je les aime !

-J’ai réussi à faire deux très beaux feux de cheminée.

-Conversations au téléphone avec K., F et O.

-RDV pris pour voir deux très chères amies de longue date, pas vues depuis plus de 6 mois, ainsi que de nouveaux amis rencontrés grâce à ce travail créatif.

-Une bouteille de kéfir de fruits (que j’ai faite aux figues, citron et gingembre) oubliée depuis quelques jours. Alors que je pensais l’ouvrir pour en jeter le contenu, toutes les bulles se sont révélées. Ma production n’a jamais été aussi savoureuse !

Nous faisons à présent le ménage, le cœur serré. Nous reviendrons bientôt. Mais il faut aller voter !P1070768