Agir sans (trop) réfléchir

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Partager d’une autre manière : écrire. Idée séduisante. Dès qu’il s’agit de faire un choix, j’ai une philosophie radicale : « Écoute ton envie du moment et fais en sorte qu’il s’écoule le moins de temps que possible entre ton idée et sa réalisation. » Cette règle, je l’ai mise en pratique assez jeune, parce que j’avais compris que si je laissais filer une envie, celle-ci aurait des chances de ne plus jamais revenir. C’était : la peur que le désir ne reparaisse jamais.

L’envie d’écrire, donc. J’écris tous les jours, mais pour moi. Un des seuls trucs que je n’ai jamais lâché. Un journal intime en quelque sorte. Le format vidéo ne me permet pas encore de dire tout ce que j’ai envie de dire : je ne me sens pas totalement libre sur youtube. Je suis consciente que je ne pourrais jamais dire totalement ce que j’ai envie de dire et encore moins sur cette plateforme, temple du vide, où la plupart des spectateurs se rendent dans le but de trouver un substitut à la télévision. Cela ne présageait rien de bon (et c’est sans doute pour cette raison que le fait de faire des vidéos youtube m’a semblé très attirant !). Il y a ce côté extrêmement vulgaire qui me plait beaucoup et permet de légitimer une forme de création de ma part.

Me voilà, allongée dans mon lit, la gorge en feu, entourée de mouchoirs trempés de glaires. Le nez bouché et douloureux à force de trop me moucher. La raison ? J’ai passé des heures et des heures à essayer des « thèmes » pour ce blog, comprendre comment personnaliser le format, tout ceci dans mon studio parisien insalubre. En deux heures d’immobilisme, l’humidité est telle que tout le corps parcouru de frissons se gèle, me faisant claquer des dents. Je fonce dans mon lit, sous une couette avec une bouillotte, les fenêtres grandes ouvertes, rien n’y fait. Parfois, en dernier recours, je vais sous la douche, faire couler de l’eau bouillante sur moi. Mon corps réchauffé redevient glacé en moins de deux heures de temps. Je bois des litres de thé, qui me chauffent le bout des doigts et les organes. C’était pour cela aussi « l’eau douce ». Lorsque j’ai le courage de sortir de chez moi, je me rends compte que l’air extérieur est beaucoup plus chaud.

Avec la naissance de l’envie de lancer un blog, l’envie que celui-ci soit fonctionnel le soir-même. Avoir une trace de mon avancée de la journée, quelque-chose de concret, un espace, même virtuel, juste pour moi.  Un endroit de plus à investir pour essayer de trouver ma place. J’ai lutté pendant des heures contre le froid, le désoeuvrement et je suis tombée malade. Je crois qu’il n’y a rien de pire que l’énervement passif dans lequel peut me mettre l’activité devant un écran. Je me sens impuissante et effrayée.

Cette contrariété du corps immobilisé était redoublée par des pensées parasites : « Mais qu’est-ce que tu fous ? Tu veux partager par écrit,  partager encore gratuitement, tout ce que tu es, tout ce que tu penses, comme si tu n’avais aucune valeur ! » Avec tout ceci, je dois payer 35 euros pour un nom de domaine. J’aurais pu payer moins cher mais il aurait fallu lire les petites lignes, et pour ces choses-là, je n’ai aucune patience. Cette somme s’ajoute à tout ce que j’ai investi pour ma chaîne youtube. Tant pis !

C’est de cette façon que commencera ce blog, sur une énième tentative qui a un arrière goût d’échec annoncé. Un large choix de possibilités, mais toujours opter pour la solution la plus foireuse, la moins rationnelle, la plus vaine. À la longue, cela devient presque ma signature. Je ne devrais pas dire cela, puisque j’agis tout de même selon une logique : celle de mon désir.

Je choisis d’essayer de cette façon. Essayer quand-même.